AU COEUR DE LA SLIM FACTORY |FR|

Zahra Rahmouni
30.03.18
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Menouar Merabtène, plus connu sous son pseudonyme Slim a accepté de nous ouvrir les portes de sa maison. Le célèbre caricaturiste algérien s’est confié à The Crazy Souq en revenant sur son parcours, toujours avec le brin d’humour qui caractérise ses BD et ses dessins de presse. Entretien. 

 

 

D’ou vient votre pseudonyme Slim ? 

C’est un truc d’enfance. J’habitais Bel Abbès où on était une ou deux familles algériennes dans un quartier pied noir. Tous les enfants avaient l’habitude d’aller au cinéma ensemble. Dès qu’on revenait à la cité, comme on l’appelait, on jouait le film qu’on avait vu: les Romains, les gladiateurs… Un jour, c’était un western, on a fait les cow-boys et moi j’ai pris le rôle de Slim, un bandit et c’est resté jusqu’à maintenant. 

 

Est-ce que vos personnages Bouzid, Zina et El Gat mdigouti sont basés sur de vrais personnes? 

Non. Le Gat Mdigouti c’est mon amour des chats parce que j’ai eu beaucoup de chats dans ma vie. J’avais même des chats savants avec une chatte qui a eu des petits et qui a appelé un petit de mon prénom : elle miaulait Mnawar (rires). Puis je me souviens de ce chat fabuleux qui dès qu’il me voyait se préparait pour monter à vélo derrière moi. La femme voilée car c’était ça l’époque, mon personnage qui n’a pas de main et Bouzid qui n’est autre que plusieurs petits personnages que j’avais fait à l’époque et qui se sont transformés en Bouzid. Le seul personnage qui n’est pas de moi, c’est Ameziane, dessiné par le dessinateur Maz qui est un bon copain. J’avais fait appel à lui parce que je voulais absolument mettre un Kabyle avec mon personnage parce que moi j’ai découvert la Kabylie quand je suis arrivé à Alger. Je ne savais même pas que ça existait ! Quand j’ai vu les gens parler une autre langue j’ai dit mais c’est quoi ce pays ? Et on m’a dit c’est la Kabylie ! Après j’ai su que mes ancêtre étaient des Kabyles, avec mon nom et tout. Et donc, j’ai appelé Maz et je lui ai dit de me faire un Kabyle. Il m’a fait Ameziane avec les yeux clairs, le nez un peu crochu, la chéchia, la moustache à la Hitler et donc il est le compagnon de Bouzid. 

 

Quel est la nature du message derrière vos dessins ? Est-ce qu’il s’agit de divertir pour faire réfléchir les gens ? 

Je me fous des messages. Je sais que je voudrais me sentir libre. Et puis je considère un peu la vie comme étant quelque chose où l’humour est important. Quand j’étais à Bel Abbès, mon père recevait beaucoup d’amis à lui, des paysans, parce qu’on est un peu d’origine paysanne, et j’ai le souvenir que je les entendais rire, ils se racontaient des choses et moi j’adorais ça parce que c’est beaucoup d’absurde et c’est ce que j’aimais aussi. Je trouvais d’ailleurs que c’était chez ces gens là que j’avais la matière et pas ailleurs dans les journaux où ils racontaient des salades et des mensonges. Eux, racontaient la vie réelle donc je prenais de ça. Et en même temps je me suis habitué au fait que j’aime raconter la misère dans le rire. Moi tant qu’il y a des problèmes ça me plait parce que c’est ma matière. Tant que les gens souffrent ça me plait (rires). Je me rappelle qu’à l’époque on vivait comme des Bulgares, y avait rien mais on était content. Des fois, il n’y avait pas d’eau pendant deux ou trois jours et je riais parce que je disais que les gens pouvaient communiquer par robinets. Donc pour moi, tant que ça va mal c’est bien ! Si demain, l’Algérie devait être très bien, ça serait dur, il faudrait me remplacer.